C’était un soir d’avril

Je ressens souvent le besoin d’écrire pour tenter d’extérioriser un peu une grosse douleur qui me ronge de l’intérieur depuis bien longtemps et à vrai dire, au moment où je commence à écrire je ne sais pas si j’aurai le courage de publier ce texte. Je le laisserai peut-être sombrer dans l’oubli comme tous les autres, ou pas… Je dois avouer que ce que je m’apprête à écrire, c’est quelque chose de très dur à dévoiler. Il y a beaucoup de gens que je connais qui me lisent mais ne savent pas tout de moi et je ne sais pas si j’arriverai à les regarder de nouveau dans les yeux sans avoir peur de ce qu’ils pourraient penser suite à ce qu’ils apprendraient par le biais de cet article. Seulement, même si j’ai peur de dévoiler cette partie de moi je pense que j’ai besoin de le faire au fond. Cette peur est ridicule et j’en suis pleinement consciente. Ce n’est pas ma faute, rien de tout ça n’est de ma faute mais ce n’est pas quelque chose dont on peut parler facilement, en général… Certains trouveront peut-être que j’en dis trop, certains trouveront peut-être que ce n’est pas quelque chose que l’on peut dévoiler comme ça à des centaines de personnes que l’on ne connait pas, mais tant pis. J’ai besoin de le faire, je le fais pour moi. Des gens me jugeront sans doutes mais après tout je ne suis pas la personne à juger dans l’histoire. Vous pourrez me juger, tant pis, je n’essaie pas de changer qui que ce soit, j’ai simplement envie de pouvoir être moi même et ne rien cacher sans avoir à me soucier des autres.

Beaucoup trop de filles se taisent, beaucoup trop de filles gardent ça pour elles sans jamais oser en parler à quiconque et enfouissent leurs souvenirs au plus profond d’elles en espérant qu’un jour ça passe, seulement non ça ne passe pas et ça ne passera jamais si on doit faire face à tout ça en étant seule. Je sais de quoi je parle car malheureusement j’ai été une de ces filles pendant 2 longues années. Alors vous allez peut-être me dire que 2 ans c’est pas si long que ça mais croyez-moi quand on a un tel poids qui nous compresse le cœur et qu’on n’a personne pour nous aider à le porter, ça peut sembler une éternité.

Quand j’avais 14 ans, je dois avouer que je n’avais pas la vie dont une jeune fille de 14 ans pouvait rêver. C’est pesant d’être seule en permanence, c’est pesant de se faire harceler par la moitié des garçons du collège, c’est pesant au début, ça devient insupportable ensuite et ça a fini par entrainer une peur atroce dès que l’on doit aller en cours. J’ai donc été incapable d’y retourner et à ce moment là, tu te dis que ta vie est foutue, tu sais plus quoi faire, et tu ne pense pas une seule seconde que tout pourrait empirer du jour au lendemain.

C’était un soir d’avril. Ma vie a littéralement basculé, tout a changé.

C’était y a plus de 5 ans et j’y pense encore bien trop. Ces souvenirs, cette douleur incontrôlable, vous savez… Ça fait une petite boule dans ton ventre, t’as mal, tu trembles, tu pleures, et t’as l’impression que ça passera jamais vraiment. C’est dur, c’est douloureux, même toutes ces années après. Tu peux y penser n’importe où, n’importe quand, tu peux y penser quand tu es sous la douche, quand tu marches dans la rue, et des fois ou même bien trop souvent, tu fais des cauchemars, tu revis toute la scène. Tu te réveilles, t’es en larmes, tu suffoques, t’as l’impression d’être revenue plusieurs années en arrière, t’es terrifiée et t’as l’impression d’être aspirée dans un gouffre sans fin. Puis t’as aussi l’impression que tu pourras jamais te défaire de tout ça… Il y a tout de même des périodes où tu y penses moins, des soirs où tu arrives à t’endormir sans avoir peur de faire un cauchemar, mais ça revient toujours. Non, ça va toujours pas, et je ne sais pas si ça ira de nouveau un jour. Je ne sais pas. T’auras beau sourire, y aura toujours cette petite partie de toi un peu abimée qui se verra dans ton regard, t’auras honte de toi, et puis tu te diras qu’il n’y a aucune raison d’avoir honte, mais ça t’arrivera quand même quand tu te regarderas dans le miroir car tu verras qu’il te manques une partie de toi, un manque que tu ne pourras jamais combler. Tu sais que tu ne pourras plus jamais la récupérer, comme une pièce de puzzle perdue. Tu resteras à jamais ce puzzle inachevé. Ça fait mal, ça fait mal d’être abimée.

J’avais 14 ans et des garçons m’ont volé une partie de moi, une partie de ma vie. Je ne sais pas si on peut s’en remettre un jour, mais pour le moment ce n’est pas mon cas. J’aurai aimé pouvoir vous dire le contraire mais ce serait vous mentir. Enfin si ça peut vous rassurer… Une fois que l’on a quelqu’un qui nous aide à porter notre fardeau il y a cette petite lueur au bout du tunnel qui vous redonne un peu d’espoir, et c’est quelque chose à ne pas laisser passer. Si quelqu’un vous tend la main saisissez-là sans hésiter. Je continue tout de même de croire qu’un jour j’irais mieux. On ne sait jamais.

Les photos viennent de Tumblr.

14 commentaires sur “C’était un soir d’avril

  1. Je suis sincèrement désolée pour ce qu’il t’es arrivé. Tu peux être fière d’en parler, de te dévoiler, tu sais qu’en faisant cela tu aideras sans doute des personnes à le faire à leur tour. Non personne jamais personne n’aura le droit de te juger pour cela. N’aie pas honte. Tu n’es pas seule. On n’oublie jamais rien on vit avec… Milles baisers à toi. Charlotte

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  2. Ton texte est extrêmement touchant et ton histoire encore plus… Ce sont des choses absolument terribles qui ne devraient pas exister. Malheureusement il existe sur cette terre des gens d’une extrême cruauté. Je te souhaite un jour d’aller mieux. Si ce texte te délivre un petit peu de ce fardeau , ça serait vraiment génial pour toi. En attendant je te souhaite bien du courage 💕

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  3. Ton texte et témoignage est très touchant. Tu as beaucoup de courage de l’exprimer et de l’écrire… Et en aucun cas quiconque à le droit de te juger ✨ Je te souhaite du courage et surtout que de belles choses pour la suite ✨

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  4. J’ai vécue la même chose à 13ans, (j’en ai 18). Bien que j’ai été bercé par les discour du genre « c’est ce que tu as de plus précieu, fais s’y attention « . Je n’y ai jamais cru et j’y portais peu d’importance. Quand ça c’est produit j’étais perdu choqué …seule… J’ai pensé une phrase assez trash « hier encore vierge mais aujourd’hui vio*** » bizarement ça m’a fait un électrochoc ce sont des choses qui malheureusement arrivent à certaine d’e tre nous, j’en fais désormais partie. Je suis allée sur le net voir les pensées d’autres filles à ce sujet, beaucoup tombait en dépression voir plus bas, je me suis dis que jamais je voulais leur ressembler que je serais plus forte qu’elles. Pendant 1 ans j’ai eu honte de moi je me suis renfermée sur moi même je ne faisais confiance à personne mais un jour j’ai compris qu’il fallait accepté pour aller bien. Depuis j’ai rencontré un garçon qui m’a beaucoup aidé et c’est avec lui que j’ai fais ma vrai 1ere fois. Bref aujourd’hui j’assume mon corps je joue même avec. J’en parle quand j’en ai besoin (reveil de cauchemard par exemple) . Bien sur cette plaie douleureuse va rester en moi, elle fait partie de mon histoire mais justement j’en fais une force.
    Voilà c’était mon ressentie par rapport à ça. J’espere que c’est un commentaire utile (je ne commente pas en général) mais cette fois ayant vécu le truc je me suis dit que mon avis pouvait apporter quelque chose…
    C’est très dur et courageux d’en parler, mais ça fait aussi du bien après l’avoir fait.
    Bonne soirée à toi

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  5. Ma fille chérie,

    Ton texte m’a bouleversé, renversé, anéanti…et montré le courage, la détermination et la sincérité avec laquelle tu affrontes cette épreuve, qui force mon admiration.

    Il est souvent difficile en tant que parent de savoir quel chemin choisir pour guider au mieux son enfant…il faut tout mettre en oeuvre pour l’aider à se construire et surtout l’écouter, le comprendre, le respecter et l’aider à avancer en étant présent à chaque instant de sa vie, les plus agréables et les plus difficiles!…

    Les mots ne seront jamais assez fort pour exprimer ce que l’on peut ressentir face à une telle injustice et surtout comment être présent et t’aider à combattre les souvenirs qui violentent ton esprit!

    Il est dur de trouver les mots justes qui sauront te dire combien ton épreuve me touche, combien ta douleur me blesse au plus profond de moi et que je ferais l’impossible pour t’aider à la surmonter.

    « même quand le soleil illumine mon visage, il y a toujours des larmes de pluie au fond de mon coeur »

    Il n’est pas possible de comprendre, il faut condamner tout acte de violence sur autrui et se battre pour les éviter. En parler est une preuve de courage et il faut sûrement une grande force intérieure pour arriver à l’exprimer…

    Je suis fier de toi, fier de ta volonté, de ton parcours que personne n’est en droit de juger, de tes réactions et de ton honnêteté.

    Tu es une « belle » personne, tu arrives à exprimer sincèrement les choses, même les souffrances qui te rongent au plus profond de ton être.

    Tu arrives au travers des « mots » à exprimer ton silence; c’est une force qui t’aideras, j’en suis sûr, à guérir les « maux » enfouis au plus profond de toi…ne t’arrête pas!

    Il ne faut pas avoir honte de tes peurs, elles sont légitimes et n’amènent en rien un jugement de quiconque. Je souhaite, au contraire, que ce soit une brèche dans laquelle des personnes sincères sauront se faufiler pour t’aider à guérir et te reconstruire…

    Et il y a l’espoir…la main tendue, comme tu le dis si bien, qui t’aidera j’en suis certain, à voir la lueur au bout du tunnel et sortir plus forte de cette épreuve. Elle te permettra de te reconstruire, sans oublier ton passé bien sûr, mais en construisant ta vie avec tes proches qui seront toujours présents pour t’aider à voir l’avenir sereinement et sourire à la vie…Thalia en est la preuve vivante, un petit bout de toi et un bonheur de tous les instants…ton enfant, quoi!

    Tu n’est pas seule…
    J’ai confiance en toi,

    Ton papa qui t’aime.

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  6. Ma fille chérie,

    Ton texte m’a bouleversé, renversé, anéanti…et montré le courage, la détermination et la sincérité avec laquelle tu affrontes cette épreuve, qui force mon admiration.

    Il est souvent difficile en tant que parent de savoir quel chemin choisir pour guider au mieux son enfant…il faut tout mettre en oeuvre pour l’aider à se construire et surtout l’écouter, le comprendre, le respecter et l’aider à avancer en étant présent à chaque instant de sa vie, les plus agréables et les plus difficiles!…

    Les mots ne seront jamais assez fort pour exprimer ce que l’on peut ressentir face à une telle injustice et surtout comment être présent et t’aider à combattre les souvenirs qui violentent ton esprit!

    Il est dur de trouver les mots justes qui sauront te dire combien ton épreuve me touche, combien ta douleur me blesse au plus profond de moi et que je ferais l’impossible pour t’aider à la surmonter.

    « même quand le soleil illumine mon visage, il y a toujours des larmes de pluie au fond de mon coeur »

    Il n’est pas possible de comprendre, il faut condamner tout acte de violence sur autrui et se battre pour les éviter. En parler est une preuve de courage et il faut sûrement une grande force intérieure pour arriver à l’exprimer…

    Je suis fier de toi, fier de ta volonté, de ton parcours que personne n’est en droit de juger, de tes réactions et de ton honnêteté.

    Tu es une « belle » personne, tu arrives à exprimer sincèrement les choses, même les souffrances qui te rongent au plus profond de ton être.

    Tu arrives au travers des « mots » à exprimer ton silence; c’est une force qui t’aideras, j’en suis sûr, à guérir les « maux » enfouis au plus profond de toi…ne t’arrête pas!

    Il ne faut pas avoir honte de tes peurs, elles sont légitimes et n’amènent en rien un jugement de quiconque. Je souhaite, au contraire, que ce soit une brèche dans laquelle des personnes sincères sauront se faufiler pour t’aider à guérir et te reconstruire…

    Et il y a l’espoir…la main tendue, comme tu le dis si bien, qui t’aidera j’en suis certain, à voir la lueur au bout du tunnel et sortir plus forte de cette épreuve. Elle te permettra de te reconstruire, sans oublier ton passé bien sûr, mais en construisant ta vie avec tes proches qui seront toujours présents pour t’aider à voir l’avenir sereinement et sourire à la vie…Thalia en est la preuve vivante, un petit bout de toi et un bonheur de tous les instants…ton enfant, quoi!

    Tu n’est pas seule…
    J’ai confiance en toi,

    Ton papa qui t’aime.

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  7. C’est terrible ce qui t’es arrivée, et non seulement c’est bien que tu en parle pour toutes les autres filles qui n’ose pas et se sentent seule et tu peu aussi être fière de toi !

    On ne se connait pas et pourtant à travers cet article, je peux te dire que tu es quelqu’un de bien, de courageuse et de touchante !!

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  8. D’abord j’aimerai te dire bravo d’avoir osé partager cela avec nous, ça n’a pas dû être simple mais j’espère réellement que ça te fasse du bien. Ton texte m’a beaucoup touché, j’en ai eu le souffle coupé. Tu as su trouver les bons mots.
    J’aurai préféré que tu n’aies pas besoin d’écrire ce texte bien évidemment.
    Personnellement je n’ai pas vécu la même chose que toi, mais l’été dernier, je ne suis pas passée loin avec mon cousin qui a eu des gestes bien trop déplacés envers moi, j’ai tout de même réussi à le repousser, je me demande parfois jusqu’où il serait allé si je n’avais pas réussi à le repousser. Aujourd’hui je garde ça pour moi et c’est la première fois que j’ose l’écrire. Je ne l’ai pas dit, à personne par honte, pour ne pas créer des problèmes.. Mais j’ai peur de le croiser, j’en tremble parfois. J’ai dû le voir 2 semaines après parce que ma mère l’avait invité pour fêter mon diplôme et je tremblais, j’étais terrorisé. J’ai encore dans ma tête ce qu’il m’a dit. J’ai encore du mal à dormir parfois…
    Je sais que je n’oublierai jamais, simplement que je puisse vivre sans y penser…

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  9. Tu es vraiment courageuse d’avoir publié un tel article, et partager la souffrance que tu as eu, beaucoup n’en serais pas capable parce que c’est loin d’être une chose facile.

    Je ne sais pas vraiment quoi dire, j’ai de la peine, de l’affection pour toi, on à envie de te protéger. Je te suis sur instagram et j’adore la personne que tu es. Je ne pense pas qu’un tel souvenir un jour s’efface, on le rangera simplement dans un coin de la tête. Sers toi de ce passage négatif de ta vie pour rebondir, qu’il soit le carburant de ta rage de vaincre, ta rage d’être heureuse, prend une revanche sur le passé. Plein de bisous ma jolie ❤

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  10. Je suis tombée par hasard sur ton blog, notamment par le biais d’une amie en commun. Ce texte m’a donné envie de chialer. Je ne suis qu’une inconnue mais je suis passée par là malheureusement … on en chie un max, ça fait un mal de chien, le chemin pour se reconstruire est long et jamais inachevé, mais bien entourée, les jours deviennent gris et parfois même heureux. Il ne faut pas perdre espoir ! 12 ans après, j’ai toujours des moments de peur, de doute et sans trop s’en rendre compte mon père rend les choses pas toujours simple. Il n’a pas su faire un choix entre moi et son fils mais j’ai aussi de belles choses qui me sont arrivées.
    On n’oublie jamais, on vit avec en essayant de mettre de côté ce chapitre. Accumule le maximum de bon temps avec ceux que tu aimes, vis ta vie à fond même si c’est plus simple à dire qu’à faire…
    Pour conclure : je te souhaite tout le bonheur du monde parce que je pense sincèrement que tu le mérite surtout après cette épreuve et bravo d’avoir eu le courage d’en parler, il n’est jamais trop tard pour ça…

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  11. Salut Lula,

    Comme je te le disais sur FB, tu peux être très fière de toi.
    Tu le sais (ou pas) je suis Avocat.
    Et donc je me demandais si tu avais porté plainte!?
    Je me permets de te dire, si tu ne l’as pas encore fait, qu’il le faut absolument. En tout cas, je te le conseille très vivement.
    La Justice est une vieille dame qui marche très lentement. Mais un jour ou l’autre ceux qui t’ont fait souffrir pourront être jués pour cela.
    Ca ne révolutionnera pas ta vie. Certaines étapes de l’enquête peuvent même être un peu difficiles. Mais tu as fait le plus dur: en parler.
    Un jugement aide un peu à remettre les choses et les gens à leurs places.
    Les coupables sont les coupables et toi, la victime, est reconnue comme telle par la société.
    Si tu veux en parler, je suis à ta disposition en tout cas.
    Bises de tout en haut du nord de la France.

    Ton cousin

    Nico

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