« 16 ans. 1 heure du matin. Traumatisée »

Suite à l’article que j’ai publié sur la culture du viol, vous avez été nombreuses à venir me parler de votre vécu, de vos histoires si horribles que le simple fait de les lire me nouait l’estomac, vous avez été nombreuses à vider votre sac. Bien trop nombreuses… L’une d’entre vous avait écrit il y a quelques temps un long texte qu’elle souhaitait publier sur son blog mais n’a jamais osé, je lui ai donc proposé qu’il soit publié sur le mien en tant que témoignage anonyme en espérant que cela puisse lui faire du bien.

« J’avais 16 ans à l’époque quand une de mes proches a été victime d’une tentative de viol, officiellement, même peut-être d’un viol officieusement. Cette proche, c’est moi qui l’ai retrouvée. Il était minuit passé quand j’ai eu un mauvais pressentiment. Très exactement, je venais de prendre un somnifère et m’apprêtais à dormir. Je me suis glissée dans mon lit, j’ai fermé les yeux et sans même que je comprenne d’où me venait cette intuition, j’ai sauté de mon lit, me suis habillée. Je savais où elle était et jamais ni elle ni moi n’aurions pu nous douter de ce qui lui arriverait. Quoiqu’il en soit, c’est arrivé. J’ai foncé vers l’endroit où elle se trouvait, j’ai entendu des cris, j’ai ouvert la porte et je suis arrivée sur les lieux du carnage. Des habits déchirés, du sang, un homme, une femme. Ma proche me dit alors « Il m’a violé », elle était dans tous ses états. L’homme tente de s’approcher de moi, je m’enfuis en courant, je cours le plus loin possible et appelle la police. Quand ils sont arrivés, ils ont fait preuve de l’incompétence la plus totale. Ils m’ont indiqué qu’ils allaient appréhender le suspect et que je devrais moi, une civile mineure à l’époque, aller voir où était partie la victime (qui avait pu s’échapper pendant que l’agresseur tentait de fuir). Pour retrouver la victime, il m’a fallu suivre des gouttes de sang. Je l’ai vu, le visage tuméfié, des marques de strangulations sur le cou, les habits déchirés. La police est revenu vers nous, ils ont appelé une ambulance. En attendant que le corps médical arrive, vous savez ce qu’ils ont fait? Ils ont rigolé. Rigolé devant une personne blessée, presque inconsciente et une mineure en état de choc.

Le dénouement de l’histoire, c’est qu’elle s’est débattue pendant des heures, malgré les drogues qu’il lui avait fait ingérer. Tout ce dont elle se souvient, c’est de cet homme (cousin d’amis/voisins à elle), qui avait l’âge de son fils aîné, qui lui a dit que son ami à elle voulait la voir (pour l’attirer dans… l’endroit) alors que ce n’était pas vrai. Qui, une fois qu’elle s’en est rendue compte (que son ami n’était pas là) s’est faite piéger par cet homme qui s’est mis à pleurer sur ses malheurs. Elle, dotée d’un trop gros cœur a tentée de lui remonter le moral plutôt que de partir et le laisser à ses malheurs. Qui, a simplement accepté un verre à boire.

Puis dans tout ça il y a moi. 16 ans. 1 heure du matin. Traumatisée. Les rires de la police faisant écho dans ma tête. Et des années plus tard, il n’y a pas un jour où je n’y repense pas. Parce que je ne m’en suis jamais remise. Comment on peut s’en remettre? Je l’ai trouvée. J’ai entendu son « Il m’a violé ». Puis, elle ne se souvenait plus de rien et je ne me voyais pas lui parler de cela. L’hôpital? Ils n’ont rien vérifié du tout. Elle? Elle n’a pas porté plainte pour protéger son ami. Je ne sais pas, alors. Je ne sais pas. Peut-être a-t-elle dit qu’il l’avait violé dans sa confusion… Peut-être l’a-t-elle vraiment été. Je ne sais pas non plus ce qu’il se serait passé si j’étais arrivée 10 minutes plus tard, si je n’étais pas arrivée du tout. Car elle s’est défendue, elle l’a frappé et a tuméfié son visage à lui aussi. Il aurait donc pu dans sa rage l’achever, qui sait. Puis c’est pas comme si je pouvais en parler, à qui je pourrais? Les psychologues ou psychiatres que j’ai vu, n’ont jamais jugé que c’était un sujet assez pertinent pour en parler.

Je me souviens si bien de cette nuit ou j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, où je me suis affalée en pleine rue, hurlant à la mort. Littéralement. Quand quelque chose comme ça arrive, c’est comme si on était anéanti, comme si toute énergie vitale était aspirée et emmené très très loin de vous.

Et j’aimerais tellement pouvoir raconter à tout le monde ce qu’il s’est passé et à quel point c’est horrible, à quel point je suis traumatisée. Mais non seulement, nous vivons dans une société où si on raconte ses malheurs c’est qu’on se plaint alors que peut être, on ne cherche qu’à parler de la vérité du monde dans lequel on vit. Mais en plus, la personne ne peut même pas révéler ce qui lui est arrivé à certains membres de sa famille car ils seraient capables de lui faire du mal aussi bien moralement que physiquement, jugeant que c’était de sa faute, qu’elle n’avait qu’à pas approcher cet homme. Elle. La victime. Une femme de 55 ans qui ne se maquille pas et ne porte ni jupe ni robe ni décolletés (contrairement aux idées que les gens se font, que c’est normal pour une femme de se faire agresser si elle aguiche les hommes avec sa tenue vestimentaire). Cette proche. Cette femme. Ma propre mère. »

– Anonyme

6 commentaires sur “« 16 ans. 1 heure du matin. Traumatisée »

  1. C’est terrible … De voir autant de cors de métier qui enchaîne les incompétence. Les psy qui ne trouve pas « pertinent » dans parler … j’ai envie de dire un gros What The Fuck, car chez un psy le but c’est de parler de ce dont veut parler le patient …
    Bref ça dégoute …

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  2. Woaw c’est poignant. Il faut que le viol cesse, ce n’est pas normal qu’en 2016 des hommes abusent des femmes sans aucuns remords ou pire sans qu’ils soient punis pour un tel acte! C’est bien que ton blog serve à passer des messages, bravo. Bisous ❤️

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  3. Je n’ai tout simplement aucuns mots pour décrire la tristesse que je ressens. Ces hommes qui sont normalement là pour aider, je suis sidérée.
    Je souhaite beaucoup de courage à toi et à ta mère, personne ne mérite tout cela.
    D’énormes baisers. 💛

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  4. Témoignage hyper poignant, j’ai eu les larmes aux yeux. Je me demande comment on peut faire pour que ça s’arrête enfin, que les femmes puissent vivre et s’habiller comme elles l’entendent sans avoir peur de se faire agresser ou violer… Des bisous à l’anonyme qui est derrière ce message😘

    Aimé par 1 personne

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